Canada : coup d’envoi pour Origins, le plus grand projet de stockage de carbone du pays
La course mondiale au déploiement du captage et du stockage géologique du carbone (souvent désigné par le sigle CSC ou CCS en anglais) franchit une nouvelle étape concrète en Amérique du Nord. En ce mois de septembre 2026, la société albertaine Enhance Energy a posé la première pierre — ou plutôt creusé le premier kilomètre de pipeline — du projet Origins CCS Hub, situé près de Clive, au centre de la province de l’Alberta.
Présenté comme le plus grand hub de séquestration permanente de dioxyde de carbone au Canada, ce complexe ambitionne d’injecter profondément sous terre jusqu’à 1,5 million de tonnes de CO2 chaque année dès le début de l’année 2027. Cette quantité équivaut au retrait de plus de 500 000 voitures à essence de la circulation.

Une infrastructure géante au cœur du cœur industriel albertain
Le principe du stockage géologique consiste à récupérer le CO2 produit par des usines lourdes (cimenteries, raffineries, usines de produits chimiques ou centrales électriques), à le comprimer sous forme gazeuse haute pression ou supercritique, puis à l’acheminer par pipeline pour l’injecter dans des formations rocheuses hermétiques situées à plus de 1 000 mètres de profondeur.
Le projet Origins ne sort pas de nulle part. Il s’appuie sur une infrastructure déjà existante : l’Alberta Carbon Trunk Line (ACTL), un réseau de transport de CO2 de 240 kilomètres. Le nouveau hub permettra de raccorder de nouveaux émetteurs industriels de la région et d’injecter le gaz carbonique dans la formation géologique de Leduc, un ancien réservoir calcaire poreux scellé par d’épaisses couches d’argile imperméable.

Comment fonctionne le piège géologique sous terre ?
Pour comprendre où va ce CO2, il faut dissiper une idée reçue : on ne remplit pas une caverne vide ou une poche d’air sous terre. Le dioxyde de carbone est injecté dans des roches poreuses — comparables à d’immenses éponges minérales saturées d’eau salée inutilisable pour la consommation (les aquifères salins profonds).
Trois mécanismes garantissent que le gaz ne remonte pas à la surface :
- Le piège structural : la couche de roche imperméable située au-dessus de la formation poreuse agit comme un couvercle hermétique.
- Le piège capillaire : le CO2 se retrouve coincé dans les minuscules pores de la roche sous forme de micro-gouttes.
- La minéralisation : au fil des décennies, le CO2 dissout réagit chimiquement avec les minéraux de la roche pour former des carbonates solides, le piégeant de façon permanente.
Comme l’a souligné Candice Paton, vice-présidente des affaires corporatives d’Enhance Energy, lors de la cérémonie de lancement du chantier, l’entreprise exploite déjà un site pilote à Clive depuis 2020 et y a déjà séquestré plus de 9 millions de tonnes de CO2 sans fuite décelée.

Soutien politique massif et débats persistants
Ce chantier de grande ampleur bénéficie d’un alignement politique fort. La cérémonie d’inauguration s’est déroulée en présence de Tim Hodgson, ministre canadien de l’Énergie et des Ressources naturelles, et de Brian Jean, ministre de l’Énergie et des Minéraux de l’Alberta. Le projet a reçu un soutien financier fédéral via le Programme d’innovation énergétique du gouvernement canadien.
Toutefois, malgré ces avancées techniques, le stockage géologique continue de susciter des débats au sein de la communauté scientifique et environnementale. Si la technologie est éprouvée, ses critiques rappellent qu’elle exige des investissements en capital très lourds et d’importantes quantités d’énergie pour la compression du gaz. De plus, de nombreux observateurs appellent à la vigilance afin que ces hubs de stockage servent prioritairement à décarboner les industries véritablement difficiles à électrifier (comme le ciment ou la chimie), plutôt qu’à prolonger artificiellement l’exploitation d’énergies fossiles.
Selon vous, les grands hubs régionaux de stockage géologique sont-ils la clé pour décarboner l’industrie lourde, ou risquent-ils de ralentir les investissements dans les énergies renouvelables et la sobriété ? Partagez votre avis dans les commentaires ci-dessous !
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