Captage du CO2 dans l’industrie : 17 milliards d’investissements, mais un impact encore limité
Une accélération industrielle sans précédent pour le captage du CO2
Le captage du carbone n’est plus une simple théorie de laboratoire : il entre progressivement dans sa phase industrielle. Dans son dernier bilan publié en août 2026, l’initiative internationale LeadIT (Leadership Group for Industry Transition), qui rassemble des pays et des entreprises engagés dans la décarbonation, dresse un état des lieux inédit. Plus de 175 projets de captage, d’utilisation et de stockage du carbone (que l’on désigne par l’acronyme CCUS, pour Carbon Capture, Utilization and Storage) sont désormais recensés à travers le monde dans le secteur industriel.
Au total, plus de 17 milliards de dollars ont déjà été engagés dans ces infrastructures industrielles. L’Europe s’impose comme le leader mondial de cette transition avec plus de 10 milliards de dollars d’investissements, portée par des réglementations strictes sur le prix du carbone et des mécanismes de soutien financier comme le Fonds européen pour l’innovation. La grande majorité de ces initiatives a dépassé le stade des petits démonstrateurs pour devenir des installations commerciales à grande échelle, intégrées directement aux usines les plus polluantes.

Comment fonctionne le captage du carbone dans l’industrie lourde ?
Pour comprendre cet engouement, il convient de différencier le captage industriel de la captation directe dans l’air (Direct Air Capture ou DAC). Dans une usine, les gaz sortent des cheminées de combustion de manière très concentrée, ce qui rend le processus de séparation du dioxyde de carbone (CO2) bien plus efficace sur le plan physique et énergétique.
La méthode la plus courante est le captage post-combustion. Les fumées de l’usine passent à travers une colonne de lavage contenant un solvant chimique (souvent à base d’amines). Ce solvant piège sélectivement les molécules de CO2. On chauffe ensuite ce liquide pour libérer le CO2 pur sous forme gazeuse, avant de réutiliser le solvant en boucle fermée.
Cette approche est particulièrement cruciale pour les émissions incompressibles — c’est-à-dire les émissions impossibles à éliminer simplement en électrifiant l’usine. C’est le cas des cimenteries : lors de la calcination, la transformation chimique du calcaire en clinker (le composant de base du ciment) libère inévitablement du CO2, même si le four fonctionne à l’électricité verte. Une fois capté, ce CO2 est comprimé à haute pression sous forme liquide, transporté par pipeline ou navire, puis injecté dans le cadre d’un stockage géologique au sein de formations rocheuses profondes (anciens gisements de gaz épuisés ou aquifères salins) situées à plus de 1 000 mètres sous le sol.

Des investissements records, mais une contribution encore minime
Bien que ces chiffres témoignent d’une maturité technologique grandissante, l’analyse de LeadIT invite à une grande lucidité. L’ensemble des 175 projets répertoriés dans le monde représente une capacité de capture cumulée d’environ 45 millions de tonnes de CO2 par an (Mt/an).
À l’échelle des émissions globales de la planète — qui dépassent 37 milliards de tonnes par an —, la totalité des projets mondiaux actuels de CCUS industriel ne permet de capter environ que 0,1 % du CO2 émis. De plus, les experts rappellent plusieurs limites fondamentales :
- La pénalité énergétique : le fonctionnement des systèmes de captage exige une quantité importante de chaleur et d’électricité, ce qui nécessite des sources d’énergie décarbonée dédiées.
- Le risque de retarder la transition : le captage du carbone ne doit pas servir de prétexte pour prolonger l’usage des énergies fossiles là où des alternatives plus propres et moins coûteuses (comme l’électrification directe ou les énergies renouvelables) existent.
- Les coûts d’infrastructure : le déploiement des réseaux de transport de CO2 sous forme liquide exige des investissements lourds en pipelines et infrastructures portuaires.
Le captage du carbone s’affirme donc comme un outil complémentaire précieux pour neutraliser les derniers pourcentages d’émissions industrielles difficiles à éliminer, mais il ne remplacera jamais la réduction à la source de la consommation d’énergie.
Selon vous, les pouvoirs publics devraient-ils réserver leurs subventions au captage du carbone exclusivement aux industries aux émissions incompressibles comme le ciment, ou faut-il soutenir tous les projets industriels sans distinction ? Partagez votre avis dans les commentaires ci-dessous !
Photo : Paolo Rossa sur Pexels.
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