Prix Eureka 2026 : Une percée australienne rassemble captage et valorisation du CO2 en une seule étape
Une avancée scientifique saluée par l’une des plus hautes distinctions australiennes
Chaque année, les Eureka Prizes récompensent les innovations scientifiques majeures susceptibles d’apporter des bénéfices concrets à la société. Au début du mois de septembre 2026, l’équipe C2X de l’université RMIT a remporté ce prestigieux prix grâce à une technologie pionnière qui pourrait transformer la manière dont l’industrie traite ses émissions de carbone.
Jusqu’à présent, la réduction des émissions industrielles par des voies technologiques reposait sur une séparation stricte entre le captage du dioxyde de carbone (CO2) et sa transformation ultérieure. L’équipe menée par le professeur Tianyi Ma a réussi à fusionner ces deux étapes complexes au sein d’un réacteur unique. Cette approche intégrée simplifie la chaîne industrielle et réduit considérablement l’énergie consommée lors du traitement des gaz de combustion.

Le piège du double processus : pourquoi le captage classique coûte si cher
Pour comprendre la portée de cette innovation, il convient d’analyser le fonctionnement habituel des systèmes de captage et valorisation du carbone (désignés sous le sigle CCU, pour Carbon Capture and Utilization). La méthode conventionnelle se déroule généralement en deux grandes étapes distinctes :
- L’absorption chimique par solvants : Les gaz sortant des cheminées usinières passent à travers une solution liquide (le plus souvent à base d’amines) qui piège sélectivement les molécules de CO2.
- La désorption thermique : Le solvant chargé en carbone est ensuite chauffé à plus de 100 °C pour libérer du CO2 sous forme gazeuse pure. C’est cette étape de chauffage, très énergivore, qui pénalise la rentabilité financière et le bilan carbone global des installations.
Une fois le gaz purifié et comprimé, il doit être acheminé vers une seconde unité industrielle pour être converti chimiquement, au terme d’un nouveau cycle de chauffage et de compression. Ce double procédé engendre des pertes d’énergie massives et requiert des investissements en infrastructures particulièrement lourds.

La réinvention du procédé : capter et convertir simultanément par électro-catalyse
L’innovation développée à l’université RMIT contourne ce goulot d’étranglement en réunissant la capture et la conversion au sein d’un même réacteur électro-catalytique. L’électro-catalyse est une réaction chimique stimulée par un courant électrique à température ambiante ou modérée, permettant de rompre les liaisons atomiques du CO2 sans nécessiter d’immenses apports de chaleur.
Concrètement, les gaz d’échappement industriels sont injectés directement dans le réacteur sans nécessiter de purification préalable. Les matériaux catalytiques avancés conçus par l’équipe absorbent le CO2 présent dans le mélange gazeux et le réorganisent immédiatement en blocs chimiques fondamentaux, tels que le monoxyde de carbone et des précurseurs d’hydrocarbures.
Ces blocs élémentaires peuvent ensuite être transformés en e-carburants (ou carburants de synthèse bas-carbone) compatibles avec des secteurs extrêmement difficiles à décarboner, comme l’aviation commerciale. L’e-kérosène ainsi produit permet de substituer les combustibles fossiles tout en réutilisant le carbone déjà émis.

Promesses, défis d’échelle et réalités industrielles
Si la démonstration en laboratoire et à l’échelle pilote a convaincu le jury des prix Eureka, le passage à l’échelle industrielle soulève encore plusieurs interrogations légitimes :
- L’approvisionnement en électricité verte : L’électro-catalyse nécessite un apport continu d’électricité. Pour que le bilan net d’émissions soit véritablement bénéfique pour le climat, cette énergie doit impérativement provenir de sources renouvelables ou décarbonées.
- La durabilité des catalyseurs : Dans des conditions industrielles réelles, les gaz de combustion contiennent des impuretés (soufre, poussières, métaux lourds) susceptibles de dégrader prématurément les matériaux réactifs.
- Le coût des e-carburants : Bien que l’élimination de l’étape de purification du CO2 réduise fortement les coûts d’exploitation, les carburants synthétiques restent pour l’instant nettement plus chers que les carburants fossiles traditionnels.
Cette percée illustre néanmoins un changement de paradigme fondamental : le CO2 industriel commence à être appréhendé non plus comme un déchet ultime à enfouir à tout prix, mais comme une ressource chimique de valeur intégrée dans une économie circulaire.
Pensez-vous que la valorisation directe du CO2 en e-carburants soit une solution plus pertinente à long terme que son stockage géologique sous terre ? Partagez votre avis et vos réflexions dans les commentaires ci-dessous !
Photo : Kleison Leopoldino sur Pexels.
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