Défenseurs de l’environnement : le rapport 2026 pointe le rôle crucial et méconnu des gardiens du climat
Le 16 septembre 2026, l’ONG Global Witness a publié son rapport annuel consacré à la situation des militants écologistes à travers le monde. Intitulé Collective Power, ce document dresse un bilan humain particulièrement lourd : en 2025, au moins 124 personnes ont perdu la vie pour avoir défendu leurs terres, leurs forêts ou leurs cours d’eau contre la destruction environnementale. Si le chiffre brut enregistre une baisse par rapport aux années précédentes, les experts appellent à ne pas y voir une amélioration globale de la sécurité, mais plutôt le reflet d’une répression accrue, d’une autocensure forcée et de difficultés d’accès aux données dans de nombreuses régions en conflit.
Une violence territorialement ciblée : l’Amérique latine en première ligne
Les données collectées par l’organisation scientifique et citoyenne montrent une concentration géographique frappante des violences. L’Amérique latine concentre à elle seule 85 % des assassinats répertoriés à l’échelle globale. La Colombie demeure le pays le plus dangereux pour la quatrième année consécutive avec 39 victimes, suivie du Brésil (26 morts), du Honduras et des Philippines (12 morts chacun).

Dans la grande majorité des cas, ces atteintes surviennent lors de conflits d’usage de la terre opposant des populations locales à des projets d’extraction minière, à l’exploitation forestière illégale, aux grandes infrastructures ou à l’expansion industrielle de l’agrobusiness. Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, rappelle régulièrement que la protection de ceux qui défendent la nature est indissociable des objectifs globaux de transition écologique et de justice sociale.
Les peuples autochtones : des gardiens de la biodiversité en sursis
Un autre constat marquant du rapport concerne la vulnérabilité disproportionnée des communautés autochtones. Bien que ces populations représentent environ 6 % de la population mondiale, elles constituent plus d’un tiers des victimes recensées en 2025.
Pourtant, la recherche scientifique a amplement démontré l’efficacité de leurs pratiques traditionnelles. Les territoires gérés par des peuples autochtones abritent près de 80 % de la biodiversité terrestre restante de la planète et abritent de vastes puits de carbone — c’est-à-dire des écosystèmes naturels (tels que les forêts tropicales, les zones humides ou les tourbières) capables d’absorber et de séquestrer davantage de dioxyde de carbone (CO₂) qu’ils n’en émettent dans l’atmosphère, freinant ainsi le réchauffement climatique global. Comme l’explique la militante écologiste philippine Joan Carling, directrice de l’organisation Indigenous Peoples Rights International, protéger les droits fonciers des peuples autochtones constitue la mesure la plus directe et la plus rentable pour préserver le climat mondial.

La face cachée de la répression : la criminalisation systématique
Au-delà des attaques physiques, l’enquête met en lumière la « partie cachée de l’iceberg » : une gamme de pressions juridiques et administratives de plus en plus sophistiquées destinées à paralyser l’action des militants. Parmi ces méthodes figure l’usage récurrent des poursuites-bâillons — connues sous le sigle anglophone SLAPP (Strategic Lawsuits Against Public Participation). Il s’agit de procédures judiciaires abusives intentées par des entreprises ou des gouvernements contre des citoyens, journalistes ou associations afin de les épuiser financièrement et psychologiquement, les forçant ainsi à abandonner leurs actions.
Selon la chercheuse Juliana Vélez Echeverri, chargée de campagne senior auprès de Global Witness, le récent désengagement financier de certaines aides internationales fragilise directement les structures d’assistance juridique locale et d’alerte précoce qui protègent ces communautés vulnérables sur le terrain.
Pourquoi la protection des défenseurs est la clé du climat
La lutte contre le dérèglement climatique ne se joue pas uniquement lors des grands sommets diplomatiques ou dans les laboratoires de technologies vertes. Elle repose avant tout sur la capacité des communautés locales à empêcher la destruction effective des forêts primaires et des écosystèmes fragiles. L’expulsion ou la réduction au silence d’un groupe d’habitants locaux débouche fréquemment sur des vagues rapides et irréversibles de déforestation, libérant d’importantes quantités de carbone stocké depuis des siècles.

Face à ce constat, les auteurs du rapport appellent les États signataires de l’Accord de Paris et le secteur privé à conditionner leurs investissements à la sécurisation stricte des titres fonciers communautaires et à l’application rigoureuse du devoir de vigilance des multinationales.
Pensez-vous que les accords commerciaux internationaux devraient inclure des clauses contraignantes sur la protection des défenseurs de l’environnement et des terres autochtones ? Partagez vos réflexions et vos arguments dans l’espace commentaires ci-dessous !
Photo : नेपाली कृषक उसमान वाईबा usmanwaiba sur Pexels.
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