Dépassement du seuil de 1,5 °C : ce que préconise le rapport fondateur de l'ONU

Dépassement du seuil de 1,5 °C : ce que préconise le rapport fondateur de l’ONU

Une nouvelle étape dans la diplomatie climatique

Pendant plus d’une décennie, l’accord de Paris de 2015 a fonctionné sur une ligne directrice claire : maintenir le réchauffement moyen de la planète bien en dessous de 2 °C et faire tous les efforts possibles pour ne pas franchir le seuil de 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Pourtant, en ce début septembre 2026, le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) vient d’imposer un changement de perspective historique dans son rapport d’évaluation majeur intitulé Limiting Overshoot (« Limiter le dépassement »).

Pour la première fois dans un document institutionnel de cette portée, l’ONU reconnaît formellement que la température moyenne mondiale franchira très probablement le seuil de 1,5 °C au cours des toutes prochaines années. Face à ce constat scientifique, le rapport ne prône ni le fatalisme ni l’abandon des objectifs, mais propose un nouveau paradigme de gestion de crise : la trajectoire du « dépassement, crête et déclin » (ou overshoot, peak and decline en anglais).

Représentation conceptuelle de la Terre et du réchauffement climatique
Le nouveau rapport du PNUE formalise l’inévitabilité du dépassement temporaire de la barre des 1,5 °C. (Photo : Mikhail Nilov sur Pexels.)

Comprendre la trajectoire du « dépassement, crête et déclin »

Pour bien saisir cette évolution, il convient de clarifier plusieurs notions techniques récurremment employées par les experts du climat :

  • Le dépassement climatique (ou overshoot) : il s’agit d’une période temporaire pendant laquelle la température moyenne globale excède la limite cible (ici 1,5 °C), avant de redescendre progressivement sous cette barre grâce aux efforts de décarbonation et d’absorption des gaz à effet de serre.
  • La crête de température (ou peak warming) : c’est le point culminant du réchauffement mondial atteint durant cette phase d’excès, avant que la courbe des températures ne s’inverse. Selon les estimations du PNUE, même en respectant pleinement les engagements nationaux actuels, cette crête pourrait se situer autour de 1,8 °C.

L’enjeu prioritaire n’est donc plus uniquement de prévenir le franchissement des 1,5 °C, mais de contenir au plus bas la hauteur de cette crête et de réduire au maximum la durée du dépassement. Comme l’a souligné Inger Andersen, directrice exécutive du PNUE, lors de la présentation du document : « Le seuil de 1,5 °C reste notre boussole absolue, mais nous devons désormais aborder son respect d’une manière différente : depuis le haut. » De son côté, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a rappelé que chaque dixième de degré évité permet de préserver d’innombrables vies et écosystèmes fragilement équilibrés.

Éoliennes et paysage d'énergies renouvelables
Réduire immédiatement les émissions de gaz à effet de serre reste la priorité absolue pour limiter la hauteur du pic de température. (Photo : Regulus Photography sur Pexels.)

Des risques accrus et les limites de l’adaptation

Le rapport du PNUE avertit catégoriquement contre l’idée reçue selon laquelle un retour ultérieur sous les 1,5 °C effacerait l’ensemble des dommages subis. Durant la période où le thermomètre planétaire dépassera le seuil de sécurité, les risques d’atteindre des points de basculement (ou tipping points) s’accroissent considérablement. Ces points désignent des seuils critiques au-delà desquels des systèmes écologiques majeurs subissent des dégradations rapides et irréversibles à l’échelle humaine, tels que le dépérissement de la forêt amazonienne ou la déstabilisation irréversible des calottes glaciaires.

Par ailleurs, l’étude met en lumière les tensions qui pèsent sur l’adaptation climatique. Ce terme désigne la capacité des sociétés et des infrastructures à s’ajuster aux effets actuels et futurs du changement climatique (par exemple en érigeant des digues marines ou en développant des cultures agricoles résistantes à la sécheresse). Si les températures grimpent trop haut durant la phase de crête, les coûts financiers et matériels de cette adaptation deviendront insoutenables pour de nombreux pays en développement, atteignant dans certains cas des limites physiques insurmontables.

Le rôle indispensable de l’élimination du carbone

Pour enclencher la phase de déclin des températures après avoir atteint le sommet de la crête, le plan de l’ONU repose sur l’élimination du dioxyde de carbone (connu sous le sigle anglophone CDR pour Carbon Dioxide Removal). Le CDR englobe aussi bien des méthodes naturelles (reboisement, restauration des zones humides et gestion durable des sols) que des procédés technologiques industriels (comme le captage direct du CO2 dans l’air suivi d’un stockage géologique permanent).

Cependant, les scientifiques du PNUE rappellent une règle d’or : le stockage et le retrait du carbone ne pourront jamais se substituer à la réduction immédiate et massive des émissions de combustibles fossiles. Le CDR constitue un levier complémentaire indispensable pour équilibrer les émissions résiduelles et refroidir l’atmosphère sur le long terme, mais compter exclusivement sur des technologies futures comporterait d’immenses risques environnementaux et économiques.

Forêt verdoyante absorbant le dioxyde de carbone
L’élimination du CO2 atmosphérique par des moyens naturels et technologiques sera clé pour faire redescendre les températures. (Photo : FURQAN KHURSHID sur Pexels.)

Vers un nouvel élan d’ambition collective

L’entrée dans cette ère de gestion du dépassement ne doit pas être perçue comme un renoncement, mais comme un appel à la lucidité stratégique. En fixant des repères précis pour minimiser la durée et l’intensité de l’excès thermique, le rapport de l’ONU vise à remobiliser les gouvernements avant les prochaines échéances climatiques internationales.

Selon vous, la reconnaissance officielle de ce dépassement temporaire peut-elle donner un nouveau souffle aux négociations internationales et inciter les gouvernements à agir plus vite, ou risque-t-elle au contraire de démobiliser l’opinion publique ? Partagez vos réflexions et vos analyses dans les commentaires !

Photo : Long Bà Mùi sur Pexels.

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Parlons climat en 30 questions, Valérie Masson-Delmotte et Christophe Cassou

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Géopolitique du climat, François Gemenne

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Sources

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