Le sophisme des quatre termes (quaternio terminorum) : quand un mot change de sens en plein syllogisme
« La fin de la vie, c’est la mort. La fin justifie les moyens. Donc la mort justifie les moyens. » La forme est celle d’un syllogisme parfaitement réglé : deux prémisses, une conclusion. Et pourtant, quelque chose cloche. Le problème : ce syllogisme compte en réalité quatre termes déguisés en trois, parce que le mot « fin » n’a pas le même sens dans les deux prémisses. C’est le paralogisme du quaternio terminorum, littéralement « les quatre termes ».
Qu’est-ce que le quaternio terminorum ?
Un syllogisme catégorique valide repose sur exactement trois termes : le terme majeur, le terme mineur, et le terme moyen – ce dernier devant être employé dans le même sens dans les deux prémisses où il apparaît, puisque c’est lui qui est censé relier les deux autres termes. Si le terme moyen change de sens d’une prémisse à l’autre, il ne s’agit plus réellement d’un seul terme, mais de deux termes différents qui se ressemblent par leur forme. Le syllogisme compte alors quatre termes au lieu de trois : il n’en est plus un, même s’il en a toutes les apparences.
La structure formelle de l’erreur
« La fin de la vie, c’est la mort (prémisse 1). La fin justifie les moyens (prémisse 2). Donc la mort justifie les moyens (conclusion). » Dans la première prémisse, « fin » signifie le terme, l’arrêt (la fin de la vie = le moment où la vie s’arrête). Dans la seconde, « fin » signifie le but, l’objectif (l’adage moral « la fin justifie les moyens »). Le mot est identique, mais il désigne deux idées totalement différentes : on obtient en réalité quatre termes (la mort, « fin » au sens d’arrêt, « fin » au sens de but, les moyens), et la conclusion qui en résulte est absurde.
Un deuxième exemple classique
« Seul l’être humain est doué de raison. Aucune femme n’est un homme (au sens d’individu mâle). Donc aucune femme n’est douée de raison. » Ici, « homme » désigne d’abord l’espèce humaine (« l’homme » au sens générique d’être humain), puis le sexe masculin dans la seconde prémisse. Ce glissement de sens – une équivoque sur le terme moyen – produit le même effet : une conclusion absurde issue d’un raisonnement qui n’a l’apparence d’un syllogisme valide que parce qu’un même mot y est employé deux fois.
Comment l’éviter
Avant d’accepter un syllogisme, vérifiez que le terme moyen désigne exactement la même chose dans ses deux occurrences. Un bon réflexe : remplacez mentalement le terme moyen par sa définition précise à chaque occurrence – si les deux définitions diffèrent, le raisonnement s’effondre, même si sa forme paraissait impeccable.
Avez-vous déjà repéré un mot qui change discrètement de sens au fil d’un même argument ? Partagez vos exemples en commentaire !
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