Le sophisme de l’accident (secundum quid) : appliquer une règle générale à l’exception qui la contredit
« La liberté d’expression est un droit fondamental. Crier « au feu » sans raison dans une salle de cinéma bondée est une expression. Donc c’est un droit protégé. » La première prémisse est vraie, la seconde aussi en apparence – et pourtant la conclusion choque le bon sens. Le problème : une règle généralement vraie a été appliquée à un cas qui en constitue précisément l’exception. C’est le paralogisme de l’accident, aussi appelé secundum quid.
Qu’est-ce que le sophisme de l’accident ?
Le nom latin complet de cette erreur, a dicto simpliciter ad dictum secundum quid, signifie littéralement « de ce qui est dit absolument à ce qui est dit sous un certain rapport ». Le mécanisme : une règle générale (vraie « dans la plupart des cas », « en général ») est traitée comme si elle s’appliquait sans exception à un cas particulier qui, lui, relève justement d’une circonstance exceptionnelle où la règle ne vaut plus.
Cette erreur est le miroir de la généralisation hâtive : celle-ci part de quelques cas particuliers pour en tirer à tort une règle générale, tandis que l’accident part d’une règle générale vraie et l’applique à tort à un cas particulier qui fait exception. Les deux sont des erreurs de bonne foi sur le rapport entre le général et le particulier, mais dans des directions opposées.
Exemples concrets
1. La liberté d’expression
« La liberté d’expression est un droit fondamental. Crier « au feu » sans raison dans une salle bondée est une expression. Donc c’est un droit protégé. » La règle générale (la liberté d’expression est protégée) ignore ici l’exception bien connue : un discours qui met autrui en danger immédiat (la bousculade provoquée par une fausse alerte) ne relève pas de la même protection qu’une opinion exprimée pacifiquement.
2. Le sport et la santé
« L’exercice physique est bon pour la santé. Cette personne vient de subir une opération cardiaque et veut courir un marathon. Donc c’est bon pour sa santé. » La règle générale sur les bienfaits du sport ne s’applique pas telle quelle au cas particulier d’une convalescence récente, qui constitue précisément une exception médicale à prendre en compte.
Comment l’éviter
Avant d’appliquer une règle générale à un cas précis, demandez-vous si ce cas présente une caractéristique particulière (danger, urgence, état de santé, contexte exceptionnel) qui pourrait le faire sortir du champ d’application habituel de la règle. Une règle vraie « en général » n’est jamais une règle vraie « en toute circonstance, sans exception ».
Avez-vous déjà vu une règle de bon sens appliquée mécaniquement à un cas qui en était l’exception évidente ? Partagez vos exemples en commentaire !
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Voir aussi
- Les paralogismes
- Comprendre la généralisation hâtive : pièges, exemples et conseils pour éviter les erreurs de raisonnement