Restauration des écosystèmes : 124 millions d’hectares réparés, mais seulement 10 % des promesses tenues

124 millions d’hectares en cours de réparation à travers le monde

L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a publié une vaste étude analysant l’avancement mondial des projets de restauration des terres. Les données récoltées révèlent que plus de 124,3 millions d’hectares de terres altérées par l’activité humaine font désormais l’objet de travaux de restauration, de réhabilitation ou de gestion durable. Pour se représenter ce volume, cela équivaut à une superficie supérieure à deux fois la taille de la France métropolitaine. Il s’agit d’un signal positif démontrant que les initiatives de réparation des écosystèmes s’intensifient sur le terrain.

Un fossé majeur entre les engagements des États et la réalité du terrain

Malgré ce progrès indéniable, le constat scientifique demeure nuancé. Ces 124,3 millions d’hectares ne représentent en effet que 10,4 % des 1,2 milliard d’hectares que la communauté internationale s’est engagée à restaurer d’ici 2030. Ces promesses découlent de quatre grands cadres internationaux, notamment le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal — la feuille de route mondiale adoptée pour stopper la perte de biodiversité — et la Décennie des Nations unies pour la restauration des écosystèmes.

Comme le souligne la Directrice générale de l’UICN, la Dr Grethel Aguilar, la restauration écologique — c’est-à-dire l’ensemble des interventions visant à accompagner un écosystème dégradé pour qu’il retrouve sa santé et sa biodiversité d’origine — ne constitue pas seulement un impératif environnemental, mais aussi un investissement économique fondamental. En restaurant la santé des sols et des forêts, les sociétés humaines régénèrent leurs services écosystémiques. Ce terme désigne l’ensemble des bénéfices gratuits fournis par la nature, tels que la purification de l’eau potable, la fertilité des terres agricoles, la pollinisation des cultures ou l’atténuation des risques de catastrophes naturelles comme les inondations et la sécheresse.

Champ agricole durable aux sols régénérés.
La régénération des sols dégradés permet de préserver les services écosystémiques essentiels à l’agriculture et à la biodiversité. (Photo : Petr Ganaj sur Pexels.)

Des disparités géographiques très marquées

L’analyse mise en avant par l’UICN montre également que les efforts de restauration sont fortement concentrés dans quelques régions du globe. À elles seules, trois zones géographiques regroupent 80 % de la totalité des superficies restaurées : l’Asie de l’Est (31 %), l’Asie du Sud (30 %) et l’Afrique subsaharienne (19 %). De nombreuses autres régions mondiales accumulent un retard important dans le passage des déclarations politiques aux chantiers concrets.

Face à cet écart, la Présidente de l’UICN, Razan Khalifa Al Mubarak, rappelle la nécessité de mobiliser de nouveaux capitaux et de renforcer l’implication des communautés locales et des peuples autochtones. La restauration des terres exige un suivi rigoureux sur le long terme pour garantir que les écosystèmes retrouvent une résilience véritable face aux pressions humaines et environnementales.

Un appel à accélérer le rythme d’ici 2030

À seulement quatre ans de l’échéance de 2030 fixée par les grands traités internationaux, le rapport de l’UICN agit comme un rappel à l’ordre. La science démontre que la réparation de la nature fonctionne lorsqu’elle est mise en œuvre avec méthode, mais le rythme actuel reste insuffisant pour atteindre les objectifs globaux. Pour combler ce déficit, les institutions internationales préconisent un renforcement massif du financement du génie écologique et une meilleure coordination des données de suivi sur le terrain.

Selon vous, quelles actions concrètes les collectivités locales et les citoyens peuvent-ils entreprendre pour favoriser la restauration des espaces naturels près de chez eux ?

Pour aller plus loin

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Réparer la Terre par le bas : Manifeste pour un environnementalisme ordinaire, Nathalie Blanc, Cyria Emelianoff et Hugo Rochard

Cet ouvrage explore comment les initiatives citoyennes et locales peuvent restaurer les milieux de vie et réinventer concrètement la relation entre société et nature.

Le génie écologique : Pratiques innovantes pour les écosystèmes et les territoires, Renaud Jégat

Un livre pédagogique qui détaille les méthodes scientifiques et techniques employées pour réparer et aménager durablement les écosystèmes endommagés.

Agir avec la nature : vers des solutions durables, Laurent Piermont

Une réflexion claire sur la façon dont les solutions fondées sur la nature et l’ingénierie écologique peuvent enrayer la dégradation de la biodiversité.

Sources

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