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Le Sotré et le meunier de Corcieux.

Voici l’histoire du Sotré et du meunier de Corcieux. C’est l’une des légendes les plus emblématiques de la vallée de la Meurthe. Elle illustre parfaitement le caractère à la fois travailleur et susceptible de ce petit lutin.


Le moulin de la misère

Il y a fort longtemps, à Corcieux, vivait un meunier dont les affaires allaient de mal en pis. Ses meules étaient usées, l’eau manquait parfois au bief, et la pauvreté s’était installée dans sa demeure. Un soir, alors qu’il se lamentait sur son sort, il entendit un remue-ménage inhabituel dans son écurie, puis dans la salle des meules.

En allant voir, il aperçut une silhouette minuscule, pas plus haute qu’une botte, s’activant avec une énergie incroyable. C’était un Sotré. Sans mot dire, le petit être rangeait les sacs, graissait les engrenages et sifflait un air joyeux.

Le pacte tacite

Le meunier, malin, comprit qu’il ne fallait pas l’interrompre. Il prit l’habitude de laisser chaque soir sur le rebord de la fenêtre :

  • Une jatte de crème fraîche.
  • Une miche de pain blanc.

En échange, le miracle s’opéra. Chaque matin, le travail d’une semaine était abattu en une nuit. La farine de Corcieux devint la plus fine et la plus blanche de la région. Le meunier s’enrichit, les clients affluaient, et le moulin tournait sans jamais grincer.

L’erreur fatale : Le cadeau de trop

Après quelques années, le meunier et sa femme, pris de remords en voyant le Sotré toujours vêtu des mêmes loques sombres et déchirées, décidèrent de le remercier.

« Ce pauvre petit travaille si dur, il mérite d’être bien habillé pour l’hiver, » dit la meunière.

Elle lui confectionna un magnifique habit : une petite veste de laine rouge, un pantalon de velours vert et un minuscule bonnet assorti. Un soir, au lieu de la nourriture habituelle, ils déposèrent les vêtements neufs sur la table du moulin.

Le départ du Sotré

Cachés derrière la porte, ils observèrent la réaction du lutin. Le Sotré arriva, vit les habits et, au lieu de s’en réjouir, il poussa un cri de stupeur. Il les enfila, s’admira dans le reflet de l’eau, puis s’écria avec une pointe de tristesse et de fierté :

« Sotré est habillé, Sotré n’est plus valet ! » D’un bond, il sauta par la fenêtre et disparut dans les bois de la forêt vosgienne. On ne le revit plus jamais. Dès le lendemain, la chance quitta le moulin : les meules se cassèrent, le grain moisit et le meunier finit ses jours dans la nostalgie de son petit compagnon invisible.


Pourquoi est-il parti ?

Dans le folklore, offrir des vêtements neufs à un lutin domestique est une erreur classique. Pour le Sotré, cela signifie deux choses selon les versions :

  1. L’offense : Il considère qu’on veut « payer » son amitié, ce qui l’insulte.
  2. La libération : Le vêtement marque la fin de son service. Fier de sa nouvelle parure, il estime qu’il est désormais trop élégant pour accomplir des tâches de roturier.

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